…mais qui feront de vous un meilleur créatif !
Je suis Antoine Montagne, directeur de création et cofondateur de Kraft Design, une agence parisienne spécialisée dans le print éco-conçu et l’identité de marque pour les groupes industriels, les deeptech et les grands comptes.
20 ans de design pour des marques, et un parcours un peu à part : une école de design, doublée d’une école de management (à l’époque appelée “école de commerce”). 2 formations qu’on oppose souvent, et dont j’ai fini par comprendre qu’elles n’avaient de sens qu’ensemble. C’est même devenu le cœur de ma pratique : concevoir en tenant les 2 bouts, la création et le business.
Si j’écris cet article, c’est parce que ces 4 livres ont fait ce que ni l’une ni l’autre de mes 2 écoles n’avait su faire : les réconcilier. Ils ont conforté mes choix, et surtout ils m’ont donné les moyens de créer et de vendre sans jamais dissocier les 2.
Cet article s’adresse aux graphistes et aux designers qui débutent, mais aussi à ceux, plus expérimentés, qui s’interrogent sur leur pratique.
4 livres essentiels pour designers et graphistes débutants
L’expérience finit par tout enseigner. Mais elle prend son temps, et elle facture ses leçons.
Un bon livre, lui, fait gagner des annèes. Il ne remplace pas le terrain, mais il évite quelques impasses, et surtout il donne des mots pour nommer ce qu’on vivait confusément. C’est souvent ça, la vraie valeur : découvrir que le problème qu’on croyait personnel est structurel, partagé, documenté, et qu’il a des solutions.
Le savoir, ça s’entretient toute une vie. Pas seulement pendant les études.
Voici 4 livres qui ont compté dans mon parcours. C’est un choix subjectif et volontairement court : j’aurais pu en citer 50, mais l’idée n’était pas de se perdre dans une listes de références à rallonge.
4 titres, 4 angles : le métier, la valeur, le prix, la tête.
Aucun n’est récent, certains ont plus de 10 ans ; mais tous restent d’actualité.
Précision utile : rien n’est sponsorisé ici, aucun partenariat, aucun lien affilié.
Ce qui fait échouer un designer, ce n’est presque jamais le talent
Quand un projet dérape, quand une collaboration tourne mal, quand un freelance décroche, ce n’est presque jamais parce qu’il manquait de talent. C’est bien souvent ailleurs.
C’est dans la relation client, mal cadrée. Dans la valeur du travail, jamais explicitée. Dans le prix, mal posé, mal défendu. Dans la solitude de l’exercice. Dans une probléme de méthodologie. Dans les deadlines, la pression, la charge mentale d’un métier où l’on confond en permanence ce qu’on produit et ce qu’on est.
C’est là que ça casse. Et c’est précisément ce qu’on ne nous apprend pas.
Les écoles d’arts appliqués forment l’œil et la main, remarquablement bien. Le reste, très peu. On sort diplômé, capable de résoudre un problème visuel complexe, et parfaitement démuni face à un client qui demande 3 pistes gratuites ou qui liquide d’un « j’aime pas » une proposition qu’on a portée pendant des semaines.
On apprend en se plantant. Mais mieux vaut ne pas trop se planter…
1. Burn Your Portfolio
Michael Janda, Ed. Pearson, en anglais
Un diplôme et un beau portfolio ne suffisent pas à faire une carrière.
Michael Janda, fondateur de l’agence Riser, livre ici tout ce qu’on apprend d’ordinaire sur le tas : les usages professionnels, les règles non écrites du business, ce qui se fait et surtout ce qui ne se fait pas. Il puise dans 10 ans de réussites et d’échecs à la tête de sa propre structure, avec un humour qui rend le tout digeste.
Travail d’équipe, relation client, chiffrage, process de production : les conseils parlent à tous les créatifs, designers comme photographes, développeurs comme rédacteurs.
En anglais, mais l’écriture est simple et directe.
Pour qui : tous ceux qui démarrent, et tous ceux qui montent une structure. Une multitude de conseils, directement applicables, expliqués avec des cas concrets. Pragmatique à souhait.
2. Gagner sans idées gratuites
Blair Enns, François Caspar pour la VF, Ed. Moneydesign
Devenu une référence mondiale, et à juste titre.
Blair Enns s’attaque frontalement à une pratique que le secteur a normalisée : offrir ses idées gratuitement, sous couvert de pitch. Il démontre qu’à long terme cette stratégie se retourne toujours contre le créatif, et propose 12 étapes pour se positionner en expert plutôt qu’en fournisseur.
Le propos est provocateur mais rigoureux. Et l’enjeu final n’est pas que financier : il s’agit de retrouver sa liberté, de tisser des liens forts avec ses clients, de créer sans brader son expertise.
À lire avant de se lancer. Et à relire aux premiers coups de blues.
Pour qui : tous ceux qui répondent à des appels d’offres, tous ceux qui ont déjà travaillé gratuitement en espérant décrocher la suite.
3. Psychologie pour les créatifs / Survivre au travail
Franz Berzbach, Pyramid Éditions
Trouver des idées, tenir les plannings, absorber les demandes du client, travailler chez soi, travailler tard, le week-end, résister à la pression de la performance. La vie d’un créatif n’a rien d’un long fleuve tranquille.
Franz Berzbach, psychologue et pédagogue, analyse avec finesse et causticité la psychologie de ceux qui vivent de la création. Il dresse un portrait sans concession du métier et donne des pistes concrètes pour éviter que le job rêvé ne vire au cauchemar.
C’est le seul de cette sélection à parler frontalement de santé mentale. C’est sans doute pour ça qu’il est indispensable.
Pour qui : aux freelances passionnés, ceux qui n’arrivent pas à décrocher, ceux qui prennent chaque retour client comme une attaque personnelle.
4. Ajoute un zéro
Alexandra Martel, Éditions Eyrolles
Le seul de cette liste à ne pas s’adresser spécifiquement aux créatifs : il vise les indépendants et les entrepreneurs solos en général.
Alexandra Martel explique pourquoi le taux horaire est un piège, comment en sortir, et comment vendre autre chose que du temps. Elle décortique avec humour les réactions types des clients face au prix, et donne des outils pour construire une offre qui parle de résultats plutôt que d’heures passées.
Débutant ou expérimenté, on en ressort avec une vision bien plus juste de la valeur de son travail.
Pour qui : tous ceux qui facturent à l’heure ou à la journée sans jamais avoir questionné pourquoi.
Ce qui manque à cette liste
Cette liste n’a rien d’exhaustif. La sélection est volontairement orientée “business et psychologie”, sujets les plus douloureux chez les créatifs.
Reste notamment le process, la méthodologie du designer, un sujet effleuré par Burn Your Portfolio mais qui mériterait un article à part entière. J’y reviendrai.
Même chose pour les réseaux sociaux et la visibilité des créatifs. C’est devenu un pan entier du métier, et il n’est pas couvert ici. Sur ce sujet, la matière ne manque pas en ligne, et elle se périme vite : c’est sans doute le seul sujet pour lequel un livre n’est pas le bon format.
Une dernière chose : certains de ces livres ont plus de 10 ans, tous ont été écrits avant l’ère de l’IA, mais ils restent profondément d’actualité. Les fondamentaux n’ont pas bougé. L’IA reste un outil pour les créatifs, elle ne remplace ni la profondeur d’un savoir, ni des années de pratique ; l’IA reste un accélérateur, jamais une fin en soi.
Si un autre livre vous a marqué et est, selon vous, “essentiel”, écrivez-moi, je suis preneur. Vous pouvez me suivre sur LinkedIn, où je publie régulièrement sur le design, le print, la communication écoresponsable et les coulisses du métier.
Et si vous avez un projet à faire avancer, l’agence est joignable via le formulaire de contact.